Alain Abdelmalek: le sport comme religion

Propos recueillis par Thomas Monnier


Le parcours de vie d'Alain Abdelmalek, 77 ans, est impressionnant. De la DDASS à l'armée, en passant l'assassinat de son père lors de la guerre d'Algérie, on peut dire qu'il a vécu mille vies. Désormais habitant du Cap-Ferret, il se consacre à sa famille et sa passion, le sport.


Alain Abdelmalek est né à Neuilly-sur-Scène en 1941, a traversé d'horribles épreuves, et il a toujours cette gouaille enjouée et percutante. Placé à la DDASS à l'âge de 4 ans avec ses frères et sœurs, il n'a jamais connu sa mère dont son père ne voulait pas lui parler. C'est deux ans après son placement qu'il retrouve un cadre familial. Entre temps, on lui fait boire son urine lorsqu'il fait pipi au lit comme pour le punir d'un affront alors que son jeune âge pouvait tout lui pardonner. L'humiliation est marquée dans son esprit pourtant la vie reprend son court et part en Algérie avec son père, l'année de ses 10 ans. « C'était difficile, on ne nous aimait pas. J'étais Français et mal vu » lance-t-il, ému. Face aux mots, il répond avec ses mains et parvient à être accepté de tous. En même temps, la guerre d'Algérie éclate et il revient en France en 1957 alors qu'il n'avait pas ses papiers. « Je n'avais plus rien,» se rappelle-t-il, pourtant, il parvient à revenir sur Paris. A 16 ans, il se fait embaucher dans une usine agricole de Puteaux et à 18 ans, il a l'envie d'ailleurs et se fait embaucher ailleurs.Alors qu'il commence à travailler, il se met à la boxe et trouve dans le sport un moyen d'évacuer. A 20 ans, place à l'armée et est envoyé en Allemagne où il a fait ses classes. Le temps passe, il est nommé Caporal. A 21 ans, alors qu'il est à Constance et qu'il fait la guerre, il apprend la mort de son père, assassiné. « Je voulais comprendre pourquoi il avait été tué 24 heures avant la signature de la fin de la guerre. Je voulais qu'il ait sa tombe, faire mon deuil. » La vie a cependant continué. « J'ai connu 35 patrons dans ma vie. J'ai été chauffeur-livreur, livreur de meubles, laveur de carreaux... »




L'heure de la famille et des passions


En 1965, il a sa première fille, Patricia, puis Nadia, issues de son premier mariage avec une certaine Jocelyne. Un an après son premier divorce, il rencontre Christine avec qui il a 16 ans de différence d'âge et deux autres filles Ariane et Tatiana. Au bout de sept ans, ils se séparent... Pendant ce temps, Alain Abdelmalek se voit proposer de reprendre un restaurant Le Tahiti. Un temps réfractaire, il va finalement accepter. Pendant 14 ans, jusqu'en 1997, il s'occupe de son établissement six mois par an et profite de la vie les six autres mois. Cet homme laisse aussi une grande place au sport. Ainsi, il court 400km par moi. « Je cours tout les jours, un peu plus d'une heure. 8 ou 14 km. Je fais beaucoup de compétitions comme le tour du Mont-Blanc. » Il n'a pas peur des défis et c'est pour cela qu'il a fait un trail de 250km, au Maroc, en auto-suffisance. « Maintenant, j'ai arrêté, je cours pour moi, » assure-t-il. A 77 ans, ce grand-père de six enfants et de deux arrière-petits-enfants est un amoureux du Bassin, surtout d'Arès où ses premiers beaux-parents habitaient. Au Cap-Ferret, où il habite, il profite du soleil et de sa famille.