Ludovic Mège & le Caillebotis: « cette crise sanitaire me coûte mon restaurant »

Propos recueillis par Thomas Monnier


Propriétaire du Caillebotis, un restaurant, un hôtel et un bar au Cap Ferret, Ludovic

Mège a accepté de témoigner sur le quotidien compliqué qui est le sien depuis que le coronavirus a fait son arrivée en France. L'homme d'une cinquantaine d'années nous assure qu'il a du mal à avoir une vision optimiste de l'avenir à court et moyen terme...


Parlons un peu de vous, de votre métier de restaurateur !


Ce n'est pas mon métier initial, c'est une reconversion. Je suis, à la base, chef

d'entreprise dans le digital ; passionné de cuisine et aimant les gens, j'ai décidé de

revenir dans mon « petit pays » qu’est le Cap Ferret pour mes 50 ans et d'avoir un

restaurant sur un axe de cuisine plutôt « bistronomique ». Top 30 de Masterchef 2012

(émission diffusée autrefois sur TF1) et finaliste du concours Ducasse, je ne me

débrouille pas trop mal si on me donne un couteau (il rit). En revanche, la cuisine est

un vrai métier, ce n'est pas le mien, et je ne veux pas que ce le soit donc si je reste le

pilote de l’aventure, je m’entoure de talents comme par exemple le jeune chef très

prometteur Alexis Bertails.


La crise sanitaire liée au coronavirus fait-elle souffrir le Bassin ?


Tout d'abord, il faut faire un distinguo important quand on parle du Bassin : Arcachon,

la Teste, Andernos, Lège ou le Cap-Ferret ont des réalités sociales et économiques

différentes. L'hiver, il n’y a que très peu d’habitants au Cap-Ferret, quand il y a une

vraie vie toute l’année à Lège, Arès ou Arcachon. Les réalités des acteurs business de

la presqu'île ne sont pas les mêmes. Le contexte économique et social que nous

traversons aujourd'hui va avoir un impact différent en fonction des zones même si, je

vous l'accorde, l'intégralité du Bassin d'Arcachon (et du pays) va souffrir terriblement

à cause du coronavirus.


Comment imaginer l'après crise ?


C'est difficile de se projeter. Cette année, en plus des nombreux problèmes

habituellement rencontrés comme le recrutement, le logement des équipes, les travaux

d’aménagement, la météo ou la saisonnalité qui sont les facteurs qui orchestrent nos

démarrages de saisons, nous nous sommes tous retrouvés avec une impossibilité

d’exploiter nos établissements sans la moindre visibilité sur le calendrier ou la manière

de sortir de cette situation mondiale hallucinante…


La quasi-totalité des secteurs d’activités est touchée et je ne pense pas que « l’après »

ressemblera à ce que nous avons connu. Pour répondre à votre question et ne focaliser

que sur mon établissement, ma première inquiétude est de savoir comment je vais

pouvoir limiter la casse de cette année blanche. En effet, à la différence d’un

établissement ouvert à l’année dans une ville brassant une clientèle régulière, on a le

challenge de devoir rentabiliser nos affaires sur le peu de mois durant lesquels on peut

les ouvrir. Si je ne travaille pas cet été, il va me falloir attendre le prochain sans

aucune génération de chiffre d’affaire entre les deux. L’après crise risque de se vivre

avec un nombre d’acteurs sensiblement diminué…


Nous avons maintenu la tête hors de l’eau malgré les gilets jaunes et les grèves, je sais

que mes confrères et moi nous nous battrons pour passer tant bien que mal l’impact de

cette situation épidémiologique.


A quel niveau avez-vous été impacté ?


Clairement, cette situation va me coûter mon restaurant car je ne vais pas pouvoir

rouvrir. Le Caillebotis a cependant l’extrême atout d’être également un hôtel et un bar,

j'ai donc une solution de secours pour maintenir mon activité.



Pouvez-vous compter sur votre hôtel ou votre bar ?


Au niveau de l’hôtel, le cahier des réservations se vide au même rythme que les

annonces gouvernementales sur l’organisation des vacances en France ; les rares coups

de téléphone sont plutôt pour me parler d’annulations.


En tant qu’acteur professionnel du tourisme, je pense qu’il y a deux vagues vraiment

distinctes à attendre : l'autorisation d’exploiter à nouveaux nos établissements et

l'impact psychologique de nos clients. Seront-ils au rendez-vous ? D'autant plus qu'on

ne sait pas ce qu'il en sera des autorisations de déplacement régionaux à ce jour... Ceux

qui devaient partir à l'étranger vont-ils se rabattre sur le Cap-Ferret ? Autant de

questions en suspens. Je reste cependant positif, le Cap Ferret offre un cadre idyllique

et presque thérapeutique après des semaines de confinement (rire).


A chaud, quelles sont vos pertes ?


Ce qui est perdu ne se rattrape pas…Avec une ouverture de mars à novembre, la

fenêtre est à exploiter dans son intégralité. Les pertes sont souvent mesurées en valeur

financière et je me battrai jusqu’au bout pour les contre balancer mais il y a également

les pertes de tout ce qui fait la beauté de notre métier ; la joie de constituer une équipe

et de tous travailler ensemble pour offrir du plaisir aux gens, les échanges et le partage

quotidien avec nos clients, la motivation perpétuelle à créer de nouvelles offres et

produits…


Quid de l'hôtel ?


…il est comme mon sourire…il vous attend ! (il rit).


Le Caillebotis

62 Avenue de l'Océan Cap Ferret, 33970 Lège-Cap-Ferret

Réservations: 05.57.70.59.13